Le terme japonais Mokuso est composé de deux kanji (idéogrammes, littéralement caractères chinois), a savoir : Moku, qui exprime le silence (ce kanji peut également se lire Damaru, verbe dont le sens est : se taire, garder le silence). Sô, qui signifie idée, pensée. Mokusô est donc un état d esprit dans lequel les pensées sont silencieuses, calmes. Cest une sorte de silence mental .
Plutôt que de se perdre dans des considérations mystiques ou philosophiques, mieux vaut aborder ce concept de silence mental au tout premier degré, tout simplement comme un état desprit opposé a l agitation mentale qui caractérise l homme ordinaire dans sa vie de tous les jours.
Dans notre vie quotidienne, a chaque instant, des pensées, voulues ou non, se présentent a notre esprit toujours en mouvement et se succèdent a un rythme rapide, formant une sorte de trame complexe, un arrière-plan permanent, qui nous empêche d être totalement présents a ce que nous sommes entrain de vivre. Une pensée est chassée et remplacée par une autre, qui surgit et s impose, pour être, a son tour, balayée par une nouvelle idée.
Il suffit d essayer de fixer son attention sur un seul point, pour prendre conscience des idées parasites qui assaillent sans cesse l esprit, et qui rendent tout exercice de concentration très difficile, voire impossible. La pacification des idées, indispensable a l équilibre et a l épanouissement de l individu, implique quun certain nombre de conditions soient remplies.
La position
Sur le plan physique, le corps doit être parfaitement décontracté. Aussi, bien que rien n interdise de pratiquer Mokusô dans n importe quelle attitude (debout par exemple), c est le plus souvent
Seiza qui est choisi, car il est particulièrement bien adapté a l exercice.
La très grande stabilité de cette position favorise une décontraction optimale des muscles, l élimination de toutes les crispations ou tensions musculaires nuisibles (visage, mains...).
Il faut bien se garder de confondre cette décontraction avec un relâchement complet, qui conduit a une attitude avachie. En
Seiza, le dos est absolument droit, vertical. Le centre de gravité du corps situé dans le Hara est alors a l aplomb du point central du triangle formé par la pointe des deux pieds et les deux genoux.
La respiration
Il convient ensuite de calmer son propre rythme intérieur par la maîtrise de la respiration. Celle-ci doit être lente et régulière, ample et profonde, jamais forcée. Le contrôle permanent du souffle permet d obtenir la sensation réelle de « respirer avec le ventre ».
Une autre sensation intéressante a rechercher est celle où les paumes des mains servent de récepteurs et d émetteurs d énergie, au rythme de la respiration.
Lorsque le pratiquant parvient a cet état physique ou les contractions musculaires indésirables sont absentes et la respiration contrôlée, la circulation de l énergie dans tout le corps a partir du Hara ne rencontre plus d obstacle.
Les pensées s éteignent d elles-mêmes et ne laissent plus de résidus. Un état de perception globale Mokusô nest donc pas, comme on pourrait le croire a priori, un exercice de concentration qui consisterait a fixer son esprit sur une seule idée, chassant toutes celles qui se présenteraient. Bien au contraire, le silence mental est réalisé sans effort, naturellement, grâce a une disponibilité intérieure.
Mokusô est un état de perception globale, qui implique une grande souplesse de l esprit et une forme supérieure d ouverture et d intuition, un état d harmonie entre soi et le monde, ce qui est a l opposé de la fixité obstinée, requise pour un simple exercice de concentration.
Le lien avec la pratique du Karaté : cultiver l éveil, la vigilance
La pratique fréquente de Mokusô participe a la réalisation dune paix intérieure, d une certaine sérénité, qui sont indispensables a la pratique du Karaté.
Mokusô est destiné a développer l instinct des pratiquants, non pas la concentration, mais l éveil, la vigilance. En aidant a débarrasser l esprit des pensées parasites, il permet, face a un adversaire, de mieux sentir tout changement, d être prêt a réagir, d être attentif aux détails fournis par nos cinq sens, d être présent, « ici et maintenant ».
Si la pratique de
Seiza et Mokusô est indispensable au Dojo (grâce aux exercices physiques, le corps se trouve dans un état de décontraction particulièrement favorable), elle est malgré tout insuffisante.
Comme le recommandait Shigeru Egami, c est quotidiennement qu il est nécessaire de prendre le temps de sasseoir en
Seiza, dans le calme et le silence, pour mettre au repos aussi bien son corps que son esprit.